Pourquoi un GDR en Ecologie Trophique ?

L’Ecologie trophique se focalise sur les relations alimentaires, qu’elles soient avérées ou potentielles, et étudie leurs conséquences à différents niveaux : de l’individu aux populations et aux communautés, jusqu’à, plus globalement, le fonctionnement et la productivité des écosystèmes. Il s’avère difficile de donner une définition plus précise puisque nos différentes conceptions de l’Ecologie trophique sont particulièrement asservies à nos écosystèmes modèles et à nos compétences méthodologiques. Par ailleurs, si l’épithète « trophique » n’a été rajouté que récemment, le terme Ecologie trophique fait immanquablement écho aux travaux qui ont marqué l’Ecologie au siècle passé (Darwin (1832, 1859) ; Elton (1925), Lindeman (1942), les frères Odum (1950), Paine (1966),…Figure 1).

Si effectivement l’Ecologie dite aujourd’hui trophique a un relativement long passé, elle garde encore devant elle ses plus grands défis : un des enjeux majeurs de l’Ecologie actuelle est d’anticiper et éventuellement de mitiger l’impact des activités humaines, multiples et simultanées, sur les écosystèmes. Il apparait alors que l’impact des perturbations humaines, locales ou globales, sur les réseaux trophiques et leurs conséquences écosystémiques est un élément clé de la réponse à ces enjeux (R. Holt, Nature Opinion, 2020 Vision, 2010).

En France, l’Ecologie trophique souffre d’un manque de visibilité. Ceci tient au fait que le paysage français de l’Ecologie trophique est morcelé, tant par l’hétérogénéité des écosystèmes d’étude et des organismes modèles que par la multiplicité des méthodes et des questions investiguées. A cet égard, les prospectives INEE de l’écologie fonctionnelle ont souligné que « la séparation des communautés scientifiques (eaux douces, eaux marines, systèmes terrestres) a certainement freiné le développement des recherches en écologie trophique pendant longtemps ». C’est la raison pour laquelle, il a été envisagé de constituer un Groupe de Recherche en Ecologie Trophique (GRET). L’objectif est de rassembler les chercheurs et enseignants-chercheurs travaillant sur les réseaux trophiques marins, dulcicoles et terrestres afin de recenser la diversité des problématiques, des approches, des méthodologies, des milieux, des compartiments que l’on peut rencontrer dans les recherches menées au niveau national. Outre donner un aperçu du paysage français de la recherche en Ecologie trophique, la mise en place de ce GDR permettra de visualiser des complémentarités évidentes ou plus subtiles entre partenaires et de favoriser la pluridisciplinarité des questions, approches et modèles qui pourront susciter à court terme le dépôt de projets de recherche innovants. Bien évidemment, le principal intérêt est de pousser plus loin la réflexion afin d’éclairer les verrous scientifiques communs et d’identifier les questions scientifiques majeures. Ainsi, cette réflexion, liée à une vision plus globale de la recherche en Ecologie trophique, devrait aboutir à la ramification de ce groupe de recherche en différents groupes de travail plus restreints, car focalisés chacun sur une même problématique.